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Et s’il fallait faire le bien pour gagner la guerre des talents ?

Je suis sortie d’HEC il y a 10 ans et à l’époque pour attirer et retenir ceux qu’on appelle « les talents » (comme si tout le monde n’avait pas un talent) il fallait un nom, une marque, et savoir aligner les zéros. On mesurait sa valeur à sa fonction sur sa carte de visite, au prestige de l’entreprise  (souvent prestige et taille se confondaient) et au montant de sa feuille de paie.

Aujourd’hui les « talents » – hauts potentiels, leaders, pépites, « rising stars », – attendent autre chose, quelque chose de bien plus compliqué à offrir : les talents  veulent du sens. Ils veulent comprendre le pourquoi de leur métier ; et avoir un impact positif sur la société.

Aujourd’hui les talents sont exigeants. Non seulement ils veulent appartenir à la « vraie » économie, grandir dans les entreprises, exercer des métiers qui les challengent, les passionnent et les valorisent. Mais aussi changer le monde à leur échelle. Une transformation culturelle de ce qui définit le « succès » s’opère. Dans les cercles où on parlait argent, où on applaudissait les promotions comme  directeur et une carrière réussie dans la même entreprise, on parle aujourd’hui de sens, de valeurs, de son prochain job mais dans une autre entreprise, et celui qui est applaudi est celui qui devient entrepreneur.

Aux entreprises de s’adapter ! Et de faire leur métier en impactant positivement la société pour attirer et retenir ces talents. L’enjeu est de taille. Dans une récente étude IPSOS – BCG, 2/3 des alumnis de grandes écoles, disent vouloir travailler dans l’Economie Sociale et Solidaire… tous ne le feront pas,  mais c’est une tendance de fonds.

Beaucoup d’entreprises répondront qu’elles se sont déjà engagées, qu’elles travaillent à réduire leur empreinte écologique, qu’elles développent le mécénat d’entreprise, qu’elles ont créé une fondation. C’est bien. Mais est-ce assez pour pouvoir contribuer vraiment à une société plus vertueuse ? A une économie inclusive et durable ? A une transformation profonde de notre société et de nos économies ?

Il faut aller plus loin. Réinventer les business, apprendre à innover frugalement, à faire mieux avec moins, à servir des clients de plus en isolés, de plus en plus pauvres, à intégrer les parcours de vie compliqués dans les équipes, à penser empreinte écologique dans chacune des décisions business, à remettre en cause la tendance naturelle à l’obsolescence programmée…. Vaste programme !

La bonne nouvelle c’est que les talents, les bons, ceux qui sont capables de sortir du cadre, et questionnent l’ordre établi, qui innovent, qui sont agiles et s’adaptent, se battront pour cette aventure. L’autre bonne nouvelle c’est que remettre la responsabilité d’entreprise au cœur de sa stratégie pour créer de la valeur sociétale, permet de mieux performer – d’après France stratégie il y a un écart de performance de 13% entre les entreprises qui mettent en place des pratiques RSE et celles qui ne le font pas.

Alors dans un monde qui demain sera fait d’incertitudes, et où les entreprises auront plus que jamais besoin de talents pour grandir, faire le bien et innover socialement permettra de gagner la guerre des talents !

Laurence Grandcolas

Fondatrice de MySezame

Laurence Grandcolas – Diplômée d’HEC (2006), Laurence a travaillé 4 ans en conseil chez Bain&Cie, puis a rejoint Ashoka France (1er réseau mondial d’entrepreneurs sociaux) dont elle est devenue co-directrice. En parallèle, à 23 ans, Laurence a fondé une ONG toujours opérationnelle qui a des projets en Mongolie et au Togo. Pendant 7 ans au sein d’Ashoka, Laurence a accompagné le développement d’une nouvelle économie, plus durable, plus inclusive, source d’innovation et de business. Consciente du manque de connaissance et de connexion des décideurs à cette économie, Laurence a lancé une startup sociale MySezame début 2016, pour réinventer la formation de décideurs sur ces sujets.

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